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L'usine à idées
Porte 04 · Mindset & créativité · Lecture 6 min · +10 points

Syndrome de la page blanche : comment écrire quand rien ne sort

Dans un atelier coloré, une entrepreneure souriante écrit rapidement dans un cahier à côté d’un minuteur de cuisine.

Le syndrome de la page blanche, quand tu écris pour ton entreprise, vient rarement d’un manque d’idées. Il vient du fait que tu essaies d’écrire et de corriger en même temps. Sépare les deux et la page se remplit. Trois méthodes font ça très bien : le mauvais premier jet, la question d’un client et le minuteur. La première demande une chose difficile pour un entrepreneur : accepter d’être mauvais pendant vingt minutes.

Le syndrome de la page blanche n’est pas un manque de talent

Tu connais ton métier. Tu peux en parler une heure à un client sans notes. Puis tu ouvres un document vide pour écrire ta page de services, et plus rien. Le curseur clignote, tu vas te faire un café, tu reviens, il clignote encore (il est patient, lui).

Ce qui a changé entre la conversation et le document, ce n’est pas ce que tu sais. C’est que devant la page, tu fais deux métiers à la fois. Tu écris une phrase, et aussitôt un petit réviseur intérieur la juge : trop long, pas assez professionnel, déjà dit ailleurs. Tu effaces. Tu recommences. Au bout d’une demi-heure, tu as un titre et une envie de faire ta comptabilité.

Dans un atelier, personne ne sable une planche pendant qu’il la coupe. On coupe d’abord, on sable ensuite. Écrire, c’est pareil : il y a un moment pour sortir la matière et un moment pour la polir. Les trois méthodes qui suivent servent toutes à garder le réviseur dans le corridor pendant que tu coupes.

Méthode 1 : le mauvais premier jet, fait exprès

L’idée vient du monde des écrivains. Dans son livre Bird by Bird, paru en 1994, l’autrice américaine Anne Lamott consacre un chapitre aux premiers jets ratés et rappelle que même les bons auteurs en produisent. Le premier jet n’est pas le texte. C’est la matière première du texte.

Appliqué à ton entreprise, ça donne une consigne précise : écris la pire version possible, volontairement, sans t’arrêter. Quelques règles d’atelier pour y arriver :

  • Interdit de reculer. Tu n’effaces rien et tu ne relis pas avant d’avoir fini.
  • Un trou? Écris « XXX » et continue. Le chiffre exact, le nom du logiciel, le bon mot : plus tard.
  • Commence par le milieu. L’introduction est la partie la plus dure à écrire à froid. Saute-la. Tu l’écriras à la fin, quand tu sauras ce que tu présentes.
  • Écris comme tu parles. « Bon, ce que je veux dire, c’est que… » est une excellente première ligne. Elle disparaîtra à la correction.
  • Appelle le fichier « brouillon laid ». Ça a l’air niaiseux, mais personne n’a peur de rater un brouillon laid.

La permission d’être mauvais, c’est ce qui débloque. Un texte moche se corrige. Une page vide, non.

Méthode 2 : réponds à la question d’un client

« Écrire un article sur mes services » est une commande terrifiante. « Répondre à Julie qui me demande combien de temps ça prend » ne l’est pas. Tu le fais dix fois par semaine, sans angoisse, et souvent très bien.

Alors triche. Va dans ta boîte de réception ou dans tes messages, trouve une vraie question qu’on t’a posée, et réponds-y dans un email adressé à cette personne. Mets son prénom en haut. Explique comme tu le ferais pour elle : avec un exemple, sans jargon, en allant droit au but.

Quand c’est fini, enlève le « Salut Julie », ajoute un titre (la question elle-même fait souvent l’affaire), et regarde ce que tu as : un texte clair, sur un sujet qui intéresse pour vrai tes clients, écrit dans ta voix. C’est un article, une infolettre ou une section de ta page de vente.

Cette méthode règle deux problèmes d’un coup. Tu n’as plus à chercher quoi dire, et tu n’écris plus pour « le public », tu écris pour quelqu’un. Garde d’ailleurs une liste de ces questions au fur et à mesure qu’elles arrivent. Toute la mécanique est expliquée dans l’article sur comment trouver des idées de contenu.

Méthode 3 : le minuteur

La page blanche adore le temps illimité. « Je vais écrire ça cet après-midi » laisse quatre heures au doute pour s’installer.

Donne-toi plutôt un temps court et fermé. La version la plus connue est la technique Pomodoro, mise au point par Francesco Cirillo à la fin des années 1980 alors qu’il était étudiant, et nommée d’après son minuteur de cuisine en forme de tomate : on travaille par blocs, habituellement de 25 minutes, séparés par de courtes pauses (source : Wikipédia, article « Pomodoro Technique »).

Le principe derrière a aussi un nom. En 1955, dans le magazine The Economist, l’historien britannique C. Northcote Parkinson observait avec humour que le travail s’étire pour occuper tout le temps dont on dispose. Donne-toi trois heures pour un paragraphe et il prendra trois heures.

Ma version pour les jours difficiles est encore plus petite :

  1. Règle le minuteur à dix minutes. Pas plus.
  2. Ferme tes courriels et retourne ton cellulaire.
  3. Écris sans t’arrêter jusqu’à la sonnerie, même si c’est pour écrire « je ne sais pas quoi écrire sur ce sujet parce que… ». La suite de cette phrase est souvent ton vrai début.
  4. À la sonnerie, tu as le droit d’arrêter. Pour vrai.

La plupart du temps, tu ne voudras pas arrêter : le plus dur était de commencer, et c’est fait. Mais la permission doit être réelle, sinon ton cerveau ne te croira pas la prochaine fois.

Encore pris? Change un seul paramètre

Si les trois méthodes ne suffisent pas un jour donné, modifie une chose dans ta façon de faire, pas ta volonté :

  • Change d’outil. Papier et crayon, ou une note sur ton cellulaire. Un écran blanc intimide plus qu’un dos d’enveloppe.
  • Parle au lieu d’écrire. Enregistre-toi en expliquant ton idée à voix haute, comme à un client, puis transcris. Tu parles plus vite que tu ne doutes.
  • Fais la liste avant le texte. Cinq points en vrac, puis une phrase sous chacun. Tu as un plan, et la page n’est plus blanche.
  • Change d’heure. Si tu écris toujours à 16 h, la tête pleine de ta journée, essaie le matin avant d’ouvrir tes courriels.

Après seulement, on sable

Ton brouillon laid existe. Maintenant le réviseur peut rentrer, et il a enfin quelque chose à faire.

Laisse reposer le texte, idéalement jusqu’au lendemain. Puis fais trois passes rapides. Coupe ton premier paragraphe et regarde si le texte tient sans lui : c’est souvent un échauffement. Remplace tes « XXX ». Lis à voix haute et réécris toutes les phrases où tu manques de souffle.

Pour voir où tu en es en longueur, colle ton texte dans le compteur de mots. Tu seras surpris de ce que dix minutes de minuteur produisent. Les autres outils gratuits du site sont rangés dans le Tool Kit.

Et retiens la règle de l’atelier : fini vaut mieux que parfait. Un texte publié et correct aide tes clients aujourd’hui. Un chef-d’œuvre dans tes brouillons n’aide personne.

À faire tout de suite, avant de fermer cette page : ouvre une note, règle un minuteur à dix minutes et réponds à la dernière question qu’un client t’a posée. Mal, vite, sans reculer. Dans dix minutes, ta page ne sera plus blanche, et c’était ça, le but. L’usine à idées continue derrière la porte Mindset & créativité. Et pour penser dehors en bonne compagnie, entre au club Wep! C’est gratuit, et les brouillons laids y sont les bienvenus.

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